28/08/2008
HIER, L'EDITO DE SUD OUEST!!!

EDVIGE, LA MEMOIRE PERSERVE,
Les recours devant le Conseil d'État se multiplient. Est visé le décret instituant un fichier informatique d'« exploitation documentaire et valorisation de l'information générale », Edvige pour les intimes. Lesquels risquent d'être pléthore vu que seront concernés tous ceux qui agissent dans l'espace public : élus, personnalités politiques, syndicalistes, patrons, religieux, gens de médias, militants associatifs, candidats à la fonction publique et, naturellement, les fauteurs de troubles, déjà condamnés ou susceptibles de porter atteinte à l'ordre public. Pour être sûr de n'oublier personne, il sera possible d'y inscrire des suspects dès qu'ils auront atteint l'âge canonique de 13 ans.
Les neuf articles du décret alignent naturellement les précautions d'usage. On est dans un État de droit ou on n'y est pas. Mais l'article 2 prévoit que « de manière exceptionnelle », tout autre renseignement que ceux expressément listés pourra être retenu. Tout est dit. La frontière entre l'exception et la règle étant dans la pratique des plus floues, on peut faire confiance à Edvige pour abriter dans ses cotillons une masse d'informations, de ragots et de rumeurs concernant la vie privée des fichés. Les documents des Renseignements généraux, qui ne brillaient pas toujours par leur exactitude, seront renvoyés à leur statut d'antiquités. La circulaire Dati, diffusée au mois de juin, prône de son côté la vigilance vis-à-vis de la mouvance « anarcho-autonome ». Comment la définir ? Rien n'est précisé. Mais dès qu'un « anarcho-autonome » sera pris en train de dresser une banderole, l'intérêt sera de pouvoir sortir des chemins ordinaires de la justice et de saisir le parquet antiterroriste. Quatre jours de garde à vue ! Il y a là comme une nostalgie de la Cour de sûreté de l'État.
Il est plus que légitime de s'interroger. La convergence de dispositions légales aussi vagues et aussi larges et de moyens informatiques de plus en plus sophistiqués autorise bien des dérives. Elles ouvrent le champ de l'arbitraire. Qui, demain, se verra étiqueté « anarcho-autonome » ? Un militant politique au discours estimé radical ? Un syndicaliste qui parle fort ? Les moyens techniques étant ce qu'ils sont, ce n'est pas une fiche qu'Edvige retiendra pour chacun d'eux, mais un roman. Et pour faire bonne mesure, sa famille, ses fréquentations passeront aussi à la moulinette. On ne se méfie jamais assez de l'entourage des mauvais sujets.
Nous ne sommes pas aux portes du goulag. Mais le contrôle qui s'exerce sur les individus est de plus en plus pesant. Il autorise toutes les tracasseries, tous les harcèlements, voire tous les chantages. Lesquels peuvent se révéler plus destructeurs que les actions à force ouverte.
La convergence de dispositions légales aussi vagues ouvre le champ de l'arbitraire.
Editorial de PATRICK BERTHOMEAU du mercredi 27 août 2008
05:29 Publié dans EDVIGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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